Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 21 Mars 2026
Il y a, dans la trajectoire de l’homme politique haïtien, une contradiction si profonde qu’elle en devient presque une loi naturelle. Une mécanique bien huilée du chaos, où les acteurs changent, mais où le scénario, lui, reste désespérément le même.
Depuis les heures sombres des Duvalier jusqu’aux figures contemporaines comme Fils-Aimé, une constante s’impose : ceux qui détruisent le pays se présentent ensuite comme ses sauveurs. Ce paradoxe n’est pas une simple ironie de l’histoire. Il est devenu une stratégie politique.
L’homme politique haïtien ne gouverne pas, il survit. Il ne construit pas, il exploite. Il ne planifie pas, il improvise sur les ruines qu’il contribue lui-même à élargir. Chaque crise devient une opportunité, chaque effondrement un argument de campagne. Et dans ce théâtre de l’absurde, le peuple, lui, reste le spectateur captif d’un drame qu’il finance au prix de sa dignité.
La destruction comme capital politique
Il faut le dire sans détour : en Haïti, la faillite de l’État est devenue un fonds de commerce politique. Routes impraticables, insécurité galopante, institutions délabrées — ces réalités ne sont pas seulement les conséquences d’une mauvaise gouvernance, elles en sont parfois les instruments.
Car comment justifier sa candidature sans chaos ? Comment promettre la reconstruction sans ruines visibles ?
Ainsi, ceux qui, depuis les Duvalier jusqu’à Fils-Aimé, détruisent le pays, veulent être mandatés par le peuple avec pour discours la reconstruction du pays. La formule est cynique, mais elle est terriblement efficace. Elle repose sur une mémoire collective fragilisée, sur une pauvreté qui contraint à l’oubli, et sur une culture politique où l’impunité est reine.
Le peuple pris en otage de l’espérance
Le plus troublant n’est pas tant l’audace de ces politiciens que la résilience d’un peuple qui continue, malgré tout, à espérer. À chaque cycle électoral, les mêmes promesses recyclées, les mêmes visages réhabilités, les mêmes discours grandiloquents sur le changement et la refondation.
Mais derrière les slogans, il y a une réalité brutale : l’absence de rupture. Les alliances se font et se défont au gré des intérêts, les idéologies se diluent dans des calculs opportunistes, et les institutions deviennent les otages d’ambitions personnelles. L’État n’est plus un projet collectif, mais un butin à se partager.
Une responsabilité partagée, mais asymétrique
Certains diront que le peuple a sa part de responsabilité. Peut-être. Mais il serait malhonnête de mettre sur un pied d’égalité un citoyen affamé et un politicien aguerri, maître des rouages du pouvoir et des réseaux d’influence.
Le vrai déséquilibre est là : dans l’accès à l’information, dans la capacité à manipuler les perceptions, dans l’usage stratégique de la misère comme levier électoral.
Sortir du paradoxe ou s’y résigner
La question demeure : Haïti peut-elle sortir de ce paradoxe vital ? Cela suppose une rupture radicale avec les pratiques du passé. Une refondation des règles du jeu politique, où la reddition de comptes ne serait plus une exception, mais une norme. Où l’engagement public ne serait plus un raccourci vers l’enrichissement personnel, mais un véritable sacerdoce.
Mais soyons lucides : ceux qui bénéficient du désordre n’ont aucun intérêt à y mettre fin. Alors, le changement viendra-t-il d’en haut ou d’en bas ? De nouvelles figures ou d’une nouvelle conscience collective ?
En attendant, le pays continue de tanguer entre promesses et désillusions, pris dans les filets d’un paradoxe qui, à force de se répéter, menace de devenir une fatalité.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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