En Haïti, la transition politique est une affaire qui rapporte gros. Très gros pour les dirigeants. Quarante ans que cela dure. Mais, avec la prise en charge du pays par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et ses hommes, là, la donne change d’échelle. La tactique utilisée, si elle est subtile, n’empêche pas que la ficelle soit trop grosse pour ne pas être détectée. Il s’agit ici de tout mettre sur le dos de la contrebande, de l’insécurité et des gangs, enfin des Centres pénitentiaires du pays. Les experts en stratégie de la corruption ont frappé fort. Très fort. Sans la vigilance des observateurs politiques, tout serait passé comme une lettre à la Poste. Bien que les citoyens conscients de leur sort se posent des questions sur le rapport qualité prix de ces contrats passés avec des Firmes étrangères pour des sommes faramineuses en leurs noms.
De quoi s’agit-il ? En fait, il est question de trois contrats que l’unique homme fort du pays, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, et ses amis ont signé, soi-disant pour résoudre la problématique de l’insécurité en Haïti, combattre la contrebande et la corruption et construire trois prisons « modèle ». Sauf que, ces contrats que l’État haïtien paie à prix d’or ne sont en réalité que des trous noirs. Des contrats permettant à l’équipe en place de se remplir plein les poches tandis que les problèmes n’ont pas bougé d’un iota. Premier cas de figure, le contrat signé avec l’entreprise étrangère dénommée Evergreen Trading System Limited pour mettre de l’ordre dans les Douanes intérieures du pays et sur les frontières entre Haïti et la République dominicaine, notamment Malpasse, Ouanaminthe et Belladère.
Selon les termes de référence (TDR) du contrat, cette démarche vise à renforcer la sécurité nationale au niveau des frontières afin d’optimiser les recettes fiscales et douanières. Pour enjoliver le pacte, ce contrat devrait permettre à l’État d’accroitre sa capacité à lutter efficacement contre la criminalité transnationale, la contrebande et bien sûr la fraude fiscale. Un beau tableau en somme qui pourrait séduire tous ceux ayant une haute valeur patriotique et le sens du devoir puisqu’il s’agit d’intérêt national. Pourtant, il n’en est rien. En tout cas, la République est loin de cet élan civique que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé veut montrer. Dans la mesure où, en dépit que cela coûte au Trésor public la bagatelle somme de 542 634 238, 00 dollars américains, rien de concret n’a été observé depuis. Et ce contrat signé avec Vincent Gordon, le PDG Evergreen Trading System Limited, et Enrique Segura, Président de Alex Stewart International, une firme associée à ce deal avec les autorités haïtiennes, devrait s’étaler sur une période de dix ans.
Selon tous les observateurs en Haïti, les douanes haïtiennes, ayant certes rapporté beaucoup d’argent à l’État ces dernières années, n’ont jamais été si vulnérables en matière de corruption. Particulièrement sur les trois postes frontières où, en réalité, l’État ne maitrise rien sinon pas grand-chose. Malpasse et Belladère sont complètement entre les mains des malfrats et des gangs armés qui font la loi. A Ouanaminthe, ce sont les amis du Premier ministre, la fameuse oligarchie commerciale et financière, qui ont la main sur les entrées et sorties de cette douane pourvoyeuse de devises. Les deux Firmes censées résoudre ce problème bottent en touche en déclarant qu’elles ne sont pas encore opérationnelles. Donc, ce qui se passe aujourd’hui ne relève pas de leurs compétences mais des autorités haïtiennes.
Sur le plan strictement juridique, elles ont raison. En effet, cela fait des mois que la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif (CSCCA) a donné son feu vert au gouvernement pour boucler le contrat. Et immédiatement, les ministres régaliens du gouvernement à savoir : Économie et Finance, Justice et Sécurité Publique, Défense nationale, Intérieur et Collectivité territorial avaient, au nom de l’État, signé le fameux contrat donnant ainsi la liberté aux autorités et aux Firmes concernées de commencer les travaux pour l’installation de matériels nécessaires pour surveiller les fraudeurs et les contrebandiers.
Surtout dans les ports de Miragoâne, Saint-Marc, Port-de-Paix, Port-au-Prince et Cap-Haïtien, les plus importants sans oublier Gonaïves, Petit-Goâve et Saint-Louis du Sud où l’entreprise Evergreen Trading System Limited doit aussi installer des scanners fixes et mobiles pour attraper les trafiquants de produits illicites et les exportateurs indélicats et corrupteurs. Rappelons que ce contrat comprend le déploiement d’une batterie de matériels technologiques comprenant scanners, surveillance satellite, hélicoptères, etc. Entretemps, la contrebande se pratique toujours et à très grande échelle sur l’ensemble des 400 km de frontières terrestres que partagent les deux pays, Haïti et son encombrante voisine qu’est la Dominicanie.
Le deuxième cas emblématique de ces contrats est celui contracté avec la Firme Windward Wyoming LLC, une filiale de Windward Holding Limited, elle aussi une entreprise américaine enregistrée…aux Émirats Arabes Unis, un Petro-monarchie situé dans la région du golfe persique en plein cœur de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. D’après le terme de référence (TDR) de ce contrat, cette société de sécurité était elle aussi chargée de ramener la paix et la sécurité en Haïti en combattant les groupes armés. En fait, pas grand monde en Haïti n’était au courant de ce contrat entre le gouvernement haïtien et cette entreprise. C’est l’organisation Fondation Je Klere (FJKL) que dirigent madame Marie Yolène Gilles et Me Samuel Madistin qui a rendu public l’affaire en publiant, le mercredi 4 mars 2026, un volumineux Rapport sur ce qu’elle considère comme un scandale.
Selon le Rapport de la FJKL, l’administration dirigée par Alix Didier Fils-Aimé a déjà payé une somme colossale à la Firme, soit 35, 5 millions de dollars US en sept versements consécutifs pour un contrat qui coûtera 52 millions de dollars aux contribuables haïtiens. En même temps, on apprend que les hommes de Windward Wyoming LLC devraient être déployés dans trois points essentiels du pays pour contrecarrer les gangs. Ces zones d’intervention se situent dans l’Ouest où règnent en maitres Vitelhomme, 400 Mawozo, Chen Mechan, Ti Lapli et bien entendu IZO. Ensuite, dans le grand-Nord, avec une base maritime et un Site logistique. Enfin, dans le Centre où l’entreprise de Sécurité disposera d’un terrain pour entrainer ses agents, une unité de commandement.
Puisque c’est dans cette zone stratégique reliant le Nord et le Sud du pays qu’elle installera son Quartier général et où elle construira des casernes et une base pour hélicoptères. Mais voilà ! Malgré les belles promesses et paroles des autorités et des responsables de Windward Wyoming LLC et Windward Holding Limited, aucun point stipulé dans le contrat n’a été libéré. Tous les « Territoires perdus » de la République sous la domination des Caciques locaux (Gangs) demeurent sous leur joug. Tels les quartiers de Martissant dans le Sud de la capitale aux mains de IZO, la Croix-des-Bouquets au Nord, sous la supervision de 400 Mawozo et de Chen Mechan ou encore la zone Tabarre dirigé par Vitelhomme. Sans mentionner le bas Delmas, le fief de Barbecue. Or, depuis une année, mars 2025, ces zones sont copieusement arrosées presque tous les jours par des attaques de drones et autres engins incendiaires pour très peu de résultats. Les rapporteurs donnent pour preuve qu’aucune des trois principales routes menant vers Port-au-Prince ou en direction du Nord, la nationale N°1, du Sud la nationale N°2 ou du Centre la nationale N°3 ne sont libérées.
Ces axes restent la chasse gardée de ces groupes armés qui exercent un droit de passage sur chacun d’eux. Or, ils sont les plus importants du pays. Le Rapport souligne, non sans ironie, que même l’aéroport Toussaint Louverture situé en périphérie de la capitale reste fermé. Idem pour les ports restant à la merci des gangs, sans oublier d’évoquer les cas les plus dramatiques que sont les dommages causés sur la population par les opérations opérées à l’aide de drones kamikazes menés par les hommes de cette entreprise de Sécurité. Enfin, les enquêteurs de FJKL rapportent que tout argent dépensé finalement sans aucun résultat aurait eu plus d’effet s’il était mis à la disposition des forces de sécurité du pays, notamment l’armée haïtienne (FADH). Puisque au moins 15 000 nouveaux militaires ou plus auraient pu sans doute être recrutés.
Le Rapport indique que les mercenaires payés pour faire le sale boulot n’ont voulu prendre aucun risque. Il cite le cas de la bataille de Kenscoff, il y a quelques mois, dans laquelle aucun agent de Windward Wyoming LLC n’a pris part. Tous, selon les rapporteurs, ont catégoriquement refusé de se lancer à l’assaut des groupes armés qui tenaient cette bute et ce en dépit de l’insistance du commandement de la police nationale réclamant des renforts. Enfin, le troisième contrat. Là aussi, c’est l’organisation Fondation Je Klere (FJKL) qui a vendu la mèche à la population. Ce contrat concerne la construction de trois maisons carcérales modernes en Haïti. Selon l’organisation, l’État haïtien a signé avec un regroupement de Firmes intitulé : Metric Correctional Facility S.A, Metric Management INC et Transcaribbean Energy Partners & Consulting S.A en vue de la construction de trois Maisons d’arrêt dans les localités de Morne Casse, aux environs de Fort-Liberté dans le Nord-Est, à Source Matelas du côté de l’Arcahaie dans l’Ouest et à Pasquette vers Jacmel dans le Sud-Ouest.
Or, la Cour Supérieur des Comptes et du Contentieux Administratif, cette fois a recalé le gouvernement, en refusant pendant sept fois de donner un avis favorable au projet. Pourtant, malgré l’opposition des juges de la Cour des comptes, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a quand même lancé son appel d’offre en vue d’embaucher la Firme en question afin d’entreprendre la construction de ces établissements pénitentiaires. Selon une source du quotidien Le Nouvelliste, la Cour des comptes demeure sceptique sur la disposition que les autorités veulent mettre en avant pour recourir à différentes démarches relatives à ce contrat. « La Cour émet une réserve sur la disposition prévoyant que l’État haïtien rembourse, au titre de sa garantie souveraine, non seulement l’emprunt initial mais également tout emprunt destiné à la construction d’infrastructures complémentaires ou supplémentaires.
Une telle clause transfère un risque illimité à l’État haïtien et doit être strictement encadrée par la définition précise des infrastructures concernées, la fixation d’un plafond de financement garanti par l’État, l’exigence d’une validation préalable par les autorités compétentes (MEF, CSCCA) avant tout nouvel endettement. Fort de l’ensemble de ces avis défavorables des : 25 juillet 2025, 21 août 2025, 16 septembre 2025, 30 septembre 2025 et 10 décembre 2025 et de toutes ces remarques qui n’ont pas été prises en compte par l’autorité concédante, la Cour conclut que les intérêts de l’État haïtien ne sont pas suffisamment protégés dans ce projet de concession; elle recommande au Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP) d’entamer la procédure d’appel d’offres conformément aux dispositions de la loi du 10 juin 2009 fixant les règles générales relatives aux conventions de concession d’ouvrage de service public, aux fins de recruter les entreprises pour la construction de centres pénitentiaires répondant aux besoins du pays » rapporte Le nouvelliste daté du 9 mars 2026.
Mais, ce qui choque le plus dans ce juteux contrat avec Metric Correctional Facility S.A, Metric Management INC et Transcaribbean Energy Partners & Consulting S.A toutes, des entreprises de nationalité américaine, c’est le coût pour le pays et la durée de la concession. Après vérification auprès de l’institution située à la rue de la Réunion à Port-au-Prince, ce contrat est estimé à 85,476, 892.00 dollars américain et le gouvernement de Transition entend accorder une concession de cinquante (50) ans à la Firme qui a remporté un appel d’offre de gré à gré. En l’occurrence, ce conglomérat d’entreprise : Metric Correctional Facility S.A, Metric Management INC et Transcaribbean Energy Partners & Consulting S.A aura la charge de la conception, la construction, l’exploitation et l’entretien de ces trois Maisons carcérales.
Mais, pour Me Samuel Madistin qui était l’invité de la matinale de Magik9 du lundi 9 mars 2026 et qui a consulté le contrat à la Cour des comptes, la réserve de cette institution sur la durée et le montant n’est que facultative, elle n’est pas contraignante pour le gouvernement. Le juriste, bien qu’opposé à son application, reconnait néanmoins que les autorités peuvent passer outre en citant cet extrait dudit contrat : « En termes de garantie financière, le concessionnaire est obligé d’avoir seulement 25 % du montant du projet.
La balance, il peut l’obtenir par des prêts en Haïti et à l’étranger couverts par une lettre de crédit irrévocable, inconditionnelle et payable à vue, émise par la banque de la République d’Haïti sur requête formelle du ministère de l’Économie et des Finances ; Haïti s’engage à payer une occupation minimale de soixante-quinze pour cent (75%) de chaque bâtiment pénitentiaire mis en service (même sans détenus); Haïti s’engage à payer au concessionnaire vingt-deux dollars américains (22,00 USD) par détenu et par jour pendant cinquante ans ; Et ce montant pourra être ajusté d’un commun accord entre les parties en fonction des fluctuations du marché, des commodités et du taux d’inflation dûment constaté et reconnu ; Vingt ans après l’entrée en vigueur de la convention ou à l’expiration de la convention, Haïti pourra racheter au concessionnaire les bâtiments pénitentiaires. »
Le vrai problème réside dans le fait qu’il n’y ait pas vraiment eu d’appel d’offre pour une mise en concurrence dans la mesure où cela s’est fait par « Contrat de gré à gré en violation de la loi fixant les règles relatives aux marchés publics et aux conventions de concession d’ouvrage de service public. » En tout cas, l’affaire n’est pas terminée. Puisqu’on a appris que cette Firme domiciliée en Floride n’a toujours pas dit si elle accepte ou pas le contrat compte tenu qu’il n’y a pas d’accord pour le moment entre les autorités de Transition qui engage l’État pour cinquante ans et la Cour des Comptes, l’institution chargée de vérifier la régularité des contrats et appel d’offre qui ont été passés.
Maintenant, la question que tout le monde se pose, est-il légal qu’un gouvernement intérimaire puisse engager l’État sur de si longues années dans des contrats aussi complexes et qui coûtent autant d’argents au Trésor public ? D’où l’importance de la création en urgence d’un organisme de contrôle de l’action et de l’engagement des autorités de la Transition au nom de l’État. Sinon, d’ici la réalisation des hypothétiques élections et l’installation de nouveaux dirigeants légitimes, la République risque de faire les frais de cette équipe dirigeante pressée de s’enrichir dans un contexte où il n’existe aucun garde-fou constitutionnel ni de contrôle politique.
C.C
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