Arrivés sous escorte diplomatique et en démonstration de force, les contingents kényans avaient pour mandat de rétablir un ordre sécuritaire gravement altéré. Près de deux années plus tard, l’évaluation fondée sur des données empiriques, fait apparaître une performance déficiente, caractérisée par une incapacité opérationnelle à contenir durablement les foyers de violence des gangs dans la capitale, ses périphéries ainsi que dans le département de l’Artibonite.
Le dispositif, présenté comme une réponse internationale structurée, s’est heurté à des contraintes structurelles majeures : absence de renseignement territorial consolidé, fragmentation institutionnelle locale, et déficit de coordination avec les forces nationales. Sur le terrain, les indicateurs de sécurité demeurent dégradés, attestant d’un écart substantiel entre les objectifs assignés et les résultats observables.
À la différence de certaines missions antérieures, notamment celle de la MINUSTAH, les contingents actuels n’ont pas suscité une visibilité sociale constante, évoluant dans des espaces où leur présence reste peu perceptible. Cette discrétion relative, loin de constituer un gage d’efficacité, interroge la portée réelle de leur déploiement.
Ils sont arrivés à Nairobi après avoir laissé Port-au-Prince sur la pointe des pieds, sans danser cette fois-ci après avoir trébuché. L’insécurité persistante laisse une impression diffuse d’abandon, comme si aucune présence extérieure n’avait véritablement opéré en soutien — comme si personne n’était venu « pote kole ».
Par ailleurs, des allégations circulent quant à des comportements individuels répréhensibles impliquant certains membres de la mission, notamment des relations ayant conduit à des grossesses parmi de jeunes haïtiennes. En l’absence de mécanismes d’enquête transparents et de procédures disciplinaires clairement établies, ces informations, non juridiquement établies à ce stade, appellent à une vigilance accrue en matière de responsabilité internationale et de protection des populations civiles.
En définitive, l’opération se présente comme un dispositif dont la finalité normative — à savoir le rétablissement de l’ordre public et la consolidation de la sécurité — reste inachevée. Entre attentes diplomatiques et réalités du terrain, se dessine le profil d’une mission dont l’effectivité demeure sujette à une appréciation critique, tant sur le plan opérationnel que sur celui du respect des standards internationaux.
Le constat s’alourdit d’une dynamique circulaire : les « territoires perdus » se sont davantage étendus durant leur présence, traduisant une progression de l’insécurité plutôt qu’un reflux. La musique s’est arrêtée — non plus celle des arrivées en cadence, inspirées des rythmes kényans, mais celle d’un engagement dont la portée s’est progressivement disloquée.
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